15/7/2018

Conclusion : une île fascinante

Classé dans: — Brigitte @ 15:23:21

île de Pâques

                         Il ne fait guère de doute que ce sont les Polynésiens qui, grâce à leur parfaite science maritime, leur organisation sociale et leur technologie les rendant capables de construire de grands et solides navires, peuplèrent l’île de Pâques. C’était, du reste, l’opinion des explorateurs du XVIIIe siècle. Comme James Cook, constatant que Iti Iti, un jeune homme de Bora Bora (une des îles de la Société, en Polynésie française) qui l’accompagnait, était en mesure de tenir une conversation avec les indigènes, l’idiome rapa nui étant proche parent du marquisien, langue polynésienne, de la famille des langues austronésiennes.

Cependant, l’observation des réalisations colossales accomplies sur un espace minuscule par quelques hommes dénués de tout (au XVIIIe siècle, les voyageurs décrivent une île complètement dénudée) a stimulé les imaginations, et on leur a prêté, au cours du temps et des ouvrages, de l’Égypte à l’Amérique, en passant par l’Atlantide et les extraterrestres, les origines les plus diverses et les plus délirantes. À peu près toutes les parties émergées, voire mythiques, du globe ont été passées en revue, dans les pages de l’abondante et foisonnante littérature qui a été consacrée à l’île…

île de Pâques

Et, déjà, en 1899, comme le fait remarquer Michel Orliac, Pierre Loti contribuait, par le talent de ses évocations poétiques, à la création du mythe, en décrivant, dans le journal qu’il tenait à bord de La Flore, à propos des coulées de lave refroidie, polies par l’érosion, qui s’enfoncent dans la mer,

« des routes dallées, comme étaient les voies romaines, [qui] descendent se perdre dans l’Océan », puis : « Par ailleurs, l’île semble bien petite en proportion de cette zone considérable, occupée par les monuments et les idoles. Était-ce donc une île sacrée, où l’on venait de loin pour des cérémonies religieuses, à l’époque très ancienne de la splendeur des Polynésiens, quand les rois des archipels avaient encore des pirogues de guerre capables d’affronter les tempêtes du bien ce pays est-il un lambeau de quelque continent submergé jadis comme celui des Atlantes ? ».

La vérité est que ce petit peuple a accompli de grandes choses, en tentant vaillamment de résister aux vicissitudes de son environnement, sur cette terre minuscule, dont l’article de Michel Orliac, dont je reprendrai quelques passages, brosse, ici, très justement, l’histoire.

« Ainsi, depuis un centre de production unique, les œuvres exprimant la fierté des lignages circulent, sans doute de façon très solennelle, à travers de nombreux territoires. Ces déplacements nécessitent des rencontres destinées à obtenir l’autorisation et l’aide de chacune des autorités territoriales. C’est l’occasion d’honorer, par des fêtes, les dieux et les ancêtres respectifs.»

« Deux cent trente moai ont rejoint leurs ahu — qui peuvent en porter jusqu’à quinze, tel celui de Tongariki. Quatre cents statues sont restées dans la carrière ; certaines sont en cours d’élaboration ; d’autres, achevées, sont plantées dans les flancs du cratère, enfouies parfois jusqu’au menton dans les déchets d’extraction. Ainsi, pendant sept ou huit siècles, les Pascuans ont déployé une énergie folle dans la sculpture et le déplacement des géants de pierre. Mais ceci n’est rien auprès de la construction des ahu qui les exposaient. Les plus grands, longs de cent cinquante mètres, ont mobilisé des milliers de mètres cubes de terre et de roches, parfois énormes.

« Ces réalisations impliquent le recours à une grande quantité de matières premières d’origine végétale : fibres des câbles de traction, madriers des leviers, fûts des trains de roulement. La flore de l’île de Pâques pouvait alors largement satisfaire ces besoins extraordinaires, qui s’ajoutaient à ceux, plus courants, de la construction des bateaux et des édifices terrestres. En effet, les analyses polliniques montrent un paysage où des bosquets de l’arbuste toromiro sont abrités par le plus grand des palmiers, Paschalococos disperta.

Depuis 1995, nos travaux sur les végétaux utilisés comme combustibles ont révélé une flore ligneuse beaucoup plus variée que celle conservée par les pollens ; en effet, ils ajoutent quatorze arbres et arbustes aux huit connus dans la flore actuelle et par les pollens. Par ailleurs, ils montrent que la brusque disparition des arbres se situe au XVIe siècle ou plus probablement au XVIIe, et non au début du XVe siècle, comme l’annoncent les analyses polliniques. »

La thèse de l’écocide, soutenue, par exemple, par l’anthropologue américain Jared Diamond, est controversée. Cela dit, les Pascuans faisaient, tout de même, une utilisation outrancière du bois : pour la crémation des morts, pour cuisiner, pour le transport des statues géantes, pour leurs bateaux… En outre, les clans vainqueurs n’hésitaient pas à détruire les arbres des vaincus en les incendiant, comme c’était le cas dans toute la Polynésie lors des guerres tribales : on tuait les hommes, on emportait les femmes, voire les enfants, et on anéantissait systématiquement les ressources alimentaires des perdants (bananiers, arbres à pain, etc.). Sans compter l’action dévastatrice du rat polynésien, importé par l’homme, responsable probable de la disparition du palmier endémique.

Or, donc, quelle que soit la cause réelle de la déforestation, surexploitation du milieu ou accident climatique (sécheresse provoquée par le phénomène du Niño et aggravant les effets de l’action humaine sur un écosystème fragile), celle-ci a eu pour terrible conséquence une raréfaction des pluies. L’île comptait, alors, probablement, 8 000 habitants qu’il était devenu difficile de nourrir. Tous les dauphins avaient été massacrés depuis longtemps, comme le montrent les fouilles pratiquées à Anakena, les ressources agricoles, faute d’eau, étaient presque épuisées. Seuls de petits jardins ou des tunnels de lave au toit effondré, comme nous l’avons vu dans la grotte de Ana Te Pahu, conservant l’humidité, à l’abri du vent, du sel et des embruns, ont permis aux Pascuans de subsister. Ces jardins, des espaces restreints entourés de murs, souvent autour d’un enfoncement du relief, les manavai, ne pouvaient subvenir qu’aux besoins d’une population très réduite. D’où les guerres entre clans. D’où, également, l’anthropophagie, parfois évoquée.     

île de Pâques

île de Pâques

Les oiseaux, ne pouvant plus nicher, auraient déserté l’île et la raréfaction du bois signifiait moins de bateaux, puis plus de bateaux du tout !…   :-( L’une des activités essentielles des Pascuans étant la pêche, comme en témoignent les nombreux hameçons découverts sur les sites et les pétroglyphes, la pêche en haute mer devenait impossible, comme la liaison avec d’autres îles. Petit à petit, les Rapa Nui se sont retrouvés sans pirogues dignes de ce nom et, du reste, les premiers Européens n’ont observé que de simples « barcasses », inaptes à une véritable utilisation en mer.

Au demeurant, confection et érection des statues, toujours plus grandes et plus majestueuses, destinées à témoigner de la suprématie du clan, devenaient, sur la fin, prodigieusement coûteuses en énergie, pour cette petite population, car les ouvriers employés à cet effet ne pêchaient ni ne cultivaient et il fallait, cependant, les nourrir. Ce qui explique, également, la différence entre le nombre de moaï sculptés (env. un millier) et les quelque trois cents érigés sur les plates-formes. Les statues n’étaient peut-être pas seulement renversées par les ennemis, mais pouvaient s’écrouler, aussi, du fait d’un défaut de maintenance des ahu, voire par les agissements d’une communauté en perte de foi, lassée de constater que le « mana » qu’elles étaient censés répandre sur le peuple ne parvenait plus à lui permettre de subsister.

Michel Oriac ajoute :

« L’adaptation des Pascuans se traduit évidemment par l’abandon de la sculpture des moaï ; par ailleurs, les nouveaux ahu ne comportent plus de blocs de grande dimension ; les cadavres ne subissent plus la crémation, dévoreuse de bois ; mais les restes des ancêtres trouvent toujours leur place dans le ahu ancestral : des espaces sont aménagés dans les anciennes plates-formes et entre les statues effondrées. »

Et c’est, sans doute, une explication à l’avènement, au XVIIe siècle, après la crise, de la cérémonie du tangata manu (homme-oiseau) sur le haut-lieu d’Orongo. On ne sait à quand remonte le culte de Make-Make, le dieu créateur, qui assure la fertilité, mais ce rite est, sans doute, une tentative sinon de supprimer, mais, du moins, de maîtriser la violence, en désignant et en renouvelant, d’année en année, un arbitre qui pût endiguer l’anarchie destructrice.

De toute cette histoire, effervescente et riche en événements, nous retiendrons que cette petite société a montré une résistance exemplaire aux variations de son environnement, et je terminerai par cette citation d’Alfred Métraux : « Le miracle de l’île de Pâques réside dans cette audace qui a poussé les habitants d’une petite île, dénuée de ressources, à dresser sur l’horizon du Pacifique des monuments dignes d’un grand peuple. »

île de Pâques

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13/7/2018

Les Mythes et légendes (en guise d’au revoir !)

Classé dans: — Brigitte @ 15:32:10

Pour terminer, rassasions-nous de quelques images de cette belle île… mythique, parsemées, si vous le voulez bien, de l’évocation des mythes et légendes qui y ont pris naissance…

île de Pâques

île de Pâques

                    En raison de son isolement, cette île a été chargée de mystère. L’histoire du peuple Rapa Nui et de sa culture n’a jamais été complètement élucidée et cela a donné lieu à nombre de mythes et légendes transmis oralement par les indigènes et recueillis par les premiers visiteurs. Bien évidemment, ces mythes, qui tentent d’expliquer les événements passés, sont généralement embellis ou enjolivés par l’imagination du conteur… ou de l’auditeur. Par conséquent, la reconstruction historique basée sur ces contes navigue entre réalité et fantaisie…

île de Pâques  

                                      Hotu Matu’a et les sept explorateurs

C’est la légende principale de Rapanui, qui tente d’expliquer la colonisation de l’île de Pâques. La tradition orale de l’île de Pâques, telle qu’elle a été recueillie par les différents explorateurs et missionnaires européens (entre autres Jakob Roggeveen, James Cook et ses naturalistes Reinhold et Georg Forster, Eugène Eyraud, Catherine Routledge et Alfred Métraux) fait état d’un chef de clan (ariki nui signifiant « grand roi») de l’île de Hiva (peut-être Nuku Hiva ou Hiva Oa dans l’archipel des Marquises), lequel, confronté à des problèmes de surpopulation et de rivalités territoriales accrues dans sa terre d’origine, aurait envoyé sept va’a (grandes pirogues) vers le soleil du matin, afin de trouver de nouvelles terres inhabitées. L’une d’elles ayant découvert l’île de Pâques, le chef Hotu Matu’a s’embarqua avec ses prêtres et son peuple pour s’installer sur la nouvelle terre qui prit alors le nom de Te kainga a Hotu Matu’a (« le peuple de Hotu Matu’a »). Certains évoquent, aussi, le rêve d’Hau Maka, prêtre du grand roi (voir précédemment).

île de Pâques

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Thor Heyerdahl, quant à lui, fait état d’une version plus sanglante : Hotu Matu’a, ayant perdu une guerre féroce pour le contrôle de Hiva, aurait étéjeté à la mer par ses ennemis, avec les survivants de son clan, et n’aurait dû son salut qu’à la découverte providentielle de l’île de Pâques. Heyerdahl lui-même inclinait à penser, et souhaitait démontrer que les premiers habitants de l’île de Pâques provenaient, au moins pour partie, d’Amérique du Sud et que leur classe dominante, les longues-oreilles (voir plus loin), était issue des civilisations précolombiennes andines.

île de Pâques

                                                  Le triangle polynésien

Revenons à la légende… Après plusieurs jours de navigation, les sept explorateurs sont arrivés sur une petite île inhabitée, qui semblait assez fertile pour vivre. On dit que, outre les ignames, les explorateurs avaient apporté un moaï avec eux et un collier de perles, qui avaient été abandonnés lors de leur retour à Hiva, en laissant derrière eux sur l’île un seul explorateur. Quelque temps plus tard, Hotu Matu’a accosta sur l’île sur deux grands navires avec son entourage, qui se composait de sa femme, sa sœur et d’une centaine d’autres personnes. Depuis lors, l’île a été appelée Te pito o te Henua, ce qui signifie « nombril du monde ».

Certains chercheurs s’appuient sur cette légende pour déclarer que, lorsque Hotu Matu’a est arrivé sur l’île de Pâques, celle-ci était déjà habitée et qu’il y a trouvé des ignames et plusieurs statues moaï érigées. Pour certains, les sept explorateurs représentent les sept générations ou tribus qui habitaient l’endroit, dont une seul aurait survécu en se mélangeant au peuple de Hotu Matu’a.

Ces sept explorateurs sont représentés par les sept moaï qui se trouvent sur l’Ahu Akivi (voir ce chapitre).

île de Pâques

 

                                      Longues oreilles et oreilles courtes

Un autre mythe Rapa Nui raconte qu’après l’arrivée des Polynésiens sur l’île, aurait eu lieu une autre immigration d’origine inconnue, et que les caractéristiques raciales de ces nouveaux colons étaient différentes de celles des indigènes. Les nouveaux arrivants étaient plus corpulents et robustes et seraient connus sous le nom de Hanau E’epe , « longues oreilles », contrairement aux Hanau Momoko, autochtones ou « courtes oreilles ». Certaines versions avancent que les Hanau E’epeauarient eu des lobes d’oreilles très développés et les relieraient aux Incas, les Hanau Momoko étant d’origine polynésienne.

Cependant, d’autres chercheurs, comme Sebastian Englert, estiment que la différence entre les deux groupes était essentiellement basée sur le physique et seulement cela, les Hanau E’epe étant la race trapue, la classe ouvrière, tandis que les Hanau Momoco, plus minces, auraient été la tribu ou la classe dirigeante. Étirer le lobe de l’oreille (si caractéristique du moaï) était une pratique courante dans de nombreuses cultures à travers le monde, et la classe dirigeante devait plus souvent s’orner les oreilles que l’autre… Thomas Barthel, qui a étudié les traditions orales de l’île, a soutenu, également, que les Hanau E’epe étaient le groupe subordonné, installé à Poike, loin du principal centre de pouvoir.

île de Pâques

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                                      Make-Make, le dieu créateur

Selon la légende, Make-Make, après avoir créé la Terre, se sentait seul et pensait qu’il manquait quelque chose. Ayant saisi, alors, une calebasse pleine d’eau il s’abîmait dans sa réflexion en contemplant son reflet dans l’eau, quand, à ce moment précis, un oiseau vint se poser sur son épaule. Make-Make, admirant la fusion de leurs reflets, décida, alors, de nous créer en donnant vie à son fils premier-né.

Mais Make-Make n’était pas satisfait de son œuvre ; il désirait créer un être comme lui, qui avait le don de la pensée et de la parole. Sa première tentative fut de féconder quelques thons, mais l’effet ne fut guère probant. Il féconda, alors, l’eau et la mer remplie de poissons. En fin de compte, fécondant l’argile rouge de la terre, il en fit un homme. Mais l’homme était seul ; alors il l’endormit et, de sa côte, créa la femme.

C’est Make-Make qui, en collaboration avec le dieu Haua, dirigea les oiseaux (manutaras), des sternes, ou hirondelles de mer (à moins que ce ne soit des frégates, d’aspect similaire) vers les îlots (motus) devant le volcan Rano Kau, ce qui permit l’instauration du culte du Tangata Manu, « Homme-oiseau ».

île de Pâques

 

                                      Le Moaï Kava Kava

Le moai kava kava est, sans doute, l’une des statuettes les plus caractéristiques de l’artisanat Rapa Nui en bois sculpté. Autrefois, elles étaient sculptées dans le bois de l’arbuste toromiro, espèce presque éteinte et, actuellement, en phase de restauration, mais d’autres types de bois sont actuellement utilisés.

La forme de ces sculptures est, généralement, toujours la même, avec des variations mineures : une statuette mâle squelettique au ventre creux et aux côtes saillantes, ce qui est précisément ce que le mot « kava » signifie, en Rapa Nui. Le tronc est long et les jambes courtes avec de petits pieds. Le visage est anguleux, les joues minces, et le profil aquilin se termine, généralement, par une petite barbe. Ses oreilles sont larges et pointues et les yeux, en os et obsidienne, sont largement ouverts avec une expression d’effroi. Certains ont des reliefs dessinés sur le crâne, d’autres portent une sorte de casque ou un chapeau et apparaissent parfois ornés de cheveux humains.

                                                île de Pâques

On peut trouver, également, mais plus rarement, des représentations similaires du genre féminin. Bien que leur apparence soit similaire, ils n’ont, généralement, pas les côtes saillantes, ce sont des formes plates, avec des seins tombants. Ces moaï en bois de nature féminine sont appelés Moai Papa’a .

Ces statuettes sont une représentation désincarnée des aku aku, ou esprits d’un autre monde. On raconte que, lorsqu’une personne brise un tabou (« tapu » dans la langue Rapa Nui), une règle sacrée veut qu’après sa mort son âme devienne un Aku-Aku qui vagabonde entre le monde physique et spirituel…

                          La légende du Moai Kava Kava

La légende raconte qu’un jour fatidique, l’Ariki Tu’u Koihu, fils aîné de Hotu Matu’a, marchait à minuit par Puna Pau quand il découvrit, devant lui, deux esprits, ou Aku Aku, endormis. En les examinant de plus près, il se rendit compte que leurs corps étaient squelettiques, et décida de partir et de les laisser. Cependant en tentant de fuir, il les réveilla, et les aku aku le pourchassèrent, craignant qu’il ne révèle à quelqu’un ce qu’il avait vu.

Tuu Koihu nia avoir vu quoi que ce soit, mais les esprits ne voulaient pas le croire et le surveillèrent pendant deux jours et deux nuits. Constatant qu’il ne disait rien à personne, ils partirent. Une fois libéré des esprits, l’Ariki retourna à Tore Ta’hana, entra dans une cabane, et sculpta sur un morceau de bois de toromiro les deux figures hâves des aku aku qu’il avait vues et dont il avait gardé l’image dans sa mémoire. Ce fut le moyen de communication que l’Ariki utilisa pour révéler ce qu’il avait observé.

Telle est, selon la tradition, l’origine du Moai Kava Kava que les insulaires avaient l’habitude de tailler et suspendre à leur porte, à l’intérieur, afin d’effrayer les mauvais esprits….   

Bon, que diriez-vous, pour nous remettre de ces contes effrayants, d’un bon mojito ? Ils sont excellents, ici !… À votre santé ! :-)

île de Pâques

Et le ceviche est délicieux, également !… Ils ont, aussi, des trouvailles, en ces lieux éloignés !

île de Pâques

En outre, nous bénéficions d’un beau coucher de soleil ! Il serait dommage de s’en priver !

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Et, à propos de poissons, une dernière légende, celle des :

                                      Les Mangai, les hameçons Rapa Nui

île de Pâques

L’hameçon, ou mangai, en langue Rapa Nui, est considéré, dans toute la Polynésie, comme l’un des objets les plus précieux qui puisse être sur une île, car il permet à ses habitants de se procurer la nourriture nécessaire à leur subsistance.

L’hameçon a joué un rôle majeur dans les mythes de création polynésiens. L’un d’eux, décrit comment le dieu Maui a utilisé un crochet et une ligne, pour extraire les îles hors de la mer, comme des « poissons », et les amener à la surface.

Ces associations mythologiques et l’utilisation fondamentale de l’outil lui-même peuvent expliquer pourquoi les personnes appréciaient tant cet objet, au point d’en faire une de ces pièces précieuses, alors héritées de père en fils, comme un bijou de famille. Ces hameçons étaient d’une très grande variété. Les plus petits, connus sous le nom de rou et piko, étaient fabriqués à partir d’os humains ou de volaille, avaient un crochet droit et ouvert et étaient utilisés pour la pêche de petits poissons sur la rive. Les hameçons aux plus grands crochets, appelés mangai, servaient pour la pêche de gros poissons en haute mer ; la courbe est plus serrée et le crochet est dirigé vers l’intérieur. Enfin, il y avait les mangai en pierre, en basalte poli, géants, de très belle facture, réservés à la pêche au thon (kahi).

Dans son livre sur les hameçons du Pacifique, l’anthropologue et collectionneur H.G. Beasley indique que des crochets en pierre polie l’île de Pâques sont extraordinaires, en termes d’ajustement, et que leur finition est celle d’une œuvre d’art. En outre, il note qu’il n’a trouvé nulle part ailleurs de telles pièces dans le Pacifique, à l’exception de la Nouvelle-Zélande, qui leur donne le nom de he’i matua. À Papa Vaka, j’ai décrit le rocher nommé, justement, Papa Mangai, où l’on peut distinguer, sur le dessin original d’une pieuvre servant d’appât, quantité d’hameçons qui y sont attachés.

Mais ces hameçons géants, trouvés dans les tombes des ariki (rois) pouvaient aussi avoir une autre destination. Martinsson-Wallin raconte que, dans certaines îles de la Polynésie orientale, ce genre de « pêche » servait au sacrifice de corps humains que l’on suspendait à un arbre par un grand crochet inséré dans la bouche de la victime. L’origine de cette terrible pratique peut se voir dans une légende polynésienne, qui raconte comment deux pêcheurs qui devaient offrir leurs prises aux dieux avaient mangé le poisson. Bien plus, impénitents après la fête, ils donnèrent leurs restes au prêtre, qui, fâché de recevoir une arête en guise d’offrande, s’indigna en apprenant que les pêcheurs avaient dévoré le poisson. Il décida, donc, de sacrifier les contrevenants en lieu et place du poisson. Les deux hommes furent pendus à un arbre et donnés en offrande aux dieux en tant que i’a avae raraa (un poisson spécial).

                                          Une autre légende : origine du mangai :

Une vieille légende attribue à un homme nommé Ure Avai, la première fabrication du Mangai ivi tangata, hameçon fabriqué à partir d’un os humain :

Ure Avai était un jeune pêcheur vivant à Hanga Piko. Bien que descendant d’une ancienne famille de pêcheurs, il n’était pas satisfait des résultats de ses prises. Comme les autres pêcheurs sur l’île, il usait de crochets en pierre, maea mangai , mais ne parvenait pas à obtenir le résultat escompté pour la capture du thon, car la plupart des poissons s’échappaient quand il tentait de les tirer dans sa barque depuis les eaux profondes.

Un soir, après un triste retour d’une journée infructueuse, il pria le dieu de la pêche, Mea Kahi, de lui apporter de l’aide dans sa tâche. La nuit, alors qu’il dormait, il fit un rêve. L’esprit d’un ancêtre (tupuna) nommé Tirakoka lui apparut, qui lui indiqua pourquoi sa pêche était infructueuse. Puis il lui ordonna d’aller à la grotte où étaient enterrés les restes de son père, et de prélever un morceau de fémur pour construire un crochet.

Le lendemain, toujours absorbé par sa vision, il marcha jusqu’à la grotte où son père avait été enterré, prit un morceau de fémur et commença à le sculpter en crochet comme le lui avait indiqué l’esprit. Quand il fut prêt, embarquant dans son bateau, il se dirigea vers la haute mer, loin de ses compagnons, afin de tester son nouvel outil. Le mangai lancé commença à attraper des poissons très facilement, si bien qu’il rentra au port avec de grandes quantités de poissons.

Le succès continu de sa pêche suscita, d’abord, l’étonnement, puis l’envie de ses collègues qui ne comprenaient pas comment Ure Avai pouvait prendre tant de poissons. Ils lui demandèrent son secret, mais il refusa de le révéler, déclenchant une querelle. Mais, un jour, les autres pêcheurs, désespérés, décidèrent de suivre Ure jusqu’à son lieu de pêche préféré afin de tenter de le faire parler. Ure, voulant garder son secret, périt dans le combat. Les pêcheurs fouillèrent, alors, son navire et y trouvèrent son nouveau crochet en os.

On raconte que, depuis lors, les pêcheurs de Rapa Nui ont utilisé le Tangata ivi mangai pour obtenir une pêche abondante, qu’ils n’ont plus de problème pour nourrir leurs familles et que le mauvais esprit de Ure Avai erre encore dans l’île…

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12/7/2018

Ahu Tahai (26 mars)

Classé dans: — Brigitte @ 09:25:39

                         Le site archéologique de Tahai est une des plus anciennes colonies de l’île ; ses premiers vestiges remontent à 700 apr. J.-C.. Il semble que ces terres étaient occupées par le clan Marama, et, peut-être, le clan Miru, en vue d’en faire leur centre politique et religieux. Selon la tradition, Tahai a été le dernier lieu de résidence de Ngaara, le dernier Ariki mau, ou dirigeant de haut rang, qui est mort et a été enterré en ces lieux.

L’occupation de Tahai par les premiers colons n’était pas fortuite. Cet endroit leur donnait, en effet, un accès facile à la mer pour aller à la pêche, et ils y jouissaient d’un approvisionnement régulier en eau douce par des sources souterraines.

Tahai

Le site de Tahai occupe une vaste zone qui s’étend sur un peu plus de 250 mètres du nord au sud et sur environ 200 mètres d’est en ouest. Le terrain descend en pente douce de l’intérieur jusqu’à la côte, où s’est formée une petite anse appelée Hanga Moana Verovero.

Ce site est un bon exemple de la façon dont les anciens habitants ont modifié l’environnement naturel pour l’adapter à leurs besoins. Afin d’atteindre le résultat final que l’on peut, maintenant, observer, ils niveler et remplir le terrain de milliers de mètres cubes de terre et de pierre. On y trouve des chambres funéraires, des maisons-bateaux (hare-paenga, qui ont une forme de bateau renversé) à ouverture étroite. On estime que 75 à 200 personnes pouvaient y vivre, mais la plupart d’entre elles trouvaient refuge dans des grottes aménagées, à proximité.

Cependant, ce qui retient le plus l’attention, sur ce site, est l’ensemble des trois ahus, plates-formes cérémonielles situées sur la petite falaise rocheuse qui se dresse au-dessus de la mer. Les autels forment une ligne qui s’étend dans ce cadre magnifique.

                    Un premier groupe de cinq statues de moaï est l’AhuVai Uri , ensuite se dresse l’Ahu Tahai, et le dernier, avec une seule statue portant un pukao (chapeau), est l’Ahu Ko Te Riku.

Tahai

Tahai

                    L’Ahu Vai Uri , dont le nom pourrait se traduire par eau sombre ou eau verte, est la plate-forme qui comprend le plus grand nombre de statues érigées. Sa construction date de 1200 apr. J.-C. et ses cinq moaï restaurés représentent un échantillon des différents styles de sculpture.

                    L’Ahu Tahai n’a qu’un moai solitaire, qui fait, environ, 4,5 mètres de hauteur. La statue, qui est très érodée, montre un torse épais et un large col, et est érigée sur la plate-forme la plus ancienne de l’ensemble construit autour de 700 apr. J.-C..

Tahai

En dépit de l’érosion importante subie par le moaï au fil du temps, il témoigne, encore, de la grandeur et de la fierté des ancêtres qu’il représente et, d’une certaine manière, transmet encore cette puissance mythique appelée mana.

                    Située un peu plus au nord, la dernière plate-forme, la plus récente et assez singulière, l’Ahu Ko Te Riku, porte un moaï de 5,1 mètres de haut, qui a été restauré en état avec tous les éléments qui ornaient les anciennes statues complètes.

Tahai

Sur la tête, il porte un pukao, une pièce cylindrique sculptée dans la scorie rouge du volcan Puna Pau. Cette forme, qui, selon les gens, représente soit un chapeau, soit un chignon, a été placé dans la dernière phase de construction de l’Ahu. On pense que le pukao original de ce moaï a été utilisé pour tailler la croix chrétienne qui se trouve dans le cimetière proche de Tahai, mais, à la vérité, on ne sait même pas précisément s’il en avait un…

En dehors de cette restauration, les autres statues qui conservent, actuellement, leur pukao d’origine sont celles de l’ Ahu Nau Nau, situé sur la plage magnifique d’Anakena (voir l’article), et le second moai à droite, sur l’Ahu de Tongariki.

Une autre caractéristique importante de l’Ahu Ko Te Riku est que son moaï est le seul, sur toute l’île, qui possède des yeux !

Tahai

On pense qu’après avoir installé un moaï sur son Ahu, on sculptait ses orbites, puis, après une cérémonie rituelle, on y insérait ses yeux, sclérotiques en corail blanc et pupilles en obsidienne. À partir de ce moment, on considérait que la statue était vivante et capable de projeter le mana (pouvoir spirituel) sur sa tribu afin de la protéger. C’est pourquoi tous les moaïs regardaient vers l’intérieur de l’île, comme à Tahai, c’est-à-dire en direction de l’endroit où se trouvent les villages et leurs habitants, et non vers l’océan.

Jusqu’à une époque récente, on ignorait que les statues avaient des yeux. Dans les témoignages des premiers Européens qui avaient visité l’île, il n’était nullement fait mention de cet aspect du moaï. Il semble, donc, que les yeux avaient été éliminés et détruits, lors des guerres tribales qui ont fini par mettre à bas toutes les statues. Cependant, en 1978, lors des fouilles de l’Ahu Nau Nau, à Anakena, on a fait la découverte d’un œil original de corail, qui est, à présent, exposé au Musée Sebastian Englert (voir l’article sur Anakena).

Tahai

Tahai

Tahai

Tahai

11/7/2018

Vinapu (24 mars)

Classé dans: — Brigitte @ 12:24:20

                    Vinapu est un complexe archéologique situé sur une vaste esplanade au bord de la côte sud de l’île, sur les pentes nord-est du volcan Rano Kau. On peut y contempler le plus grand « ahu » (plate-forme de pierre) de l’île construit en pierres taillées. Le mur de pierres fait face au lever du soleil, lors du solstice d’hiver.

Vinapu

          On y a retrouvé les restes de trois plates-formes, mais deux d’entre elles sont vraiment intéressantes et l’une d’elles sort vraiment de l’ordinaire par la finesse de l’agencement des mégalithes qui la composent. Ici, comme dans d’autres centres cérémoniels, tous les moaï ont été démolis autour des XVIIIe et XIXe siècles, pendant les guerres qui ont eu lieu entre les différents clans de l’île.

Vinapu

Vinapu

Mais, à Vinapu les statues passent au second plan, parce que ce site se singularise par les techniques de construction et de sculpture qui ont été développées pour l’élaboration des Ahus. On peut y admirer une manière de travailler la pierre qui n’existe pas dans toute autre partie de la Polynésie, et qui a donné lieu à de nombreuses théories sur les origines de la population de l’île, lesquelles vont jusqu’à évoquer la culture Inca d’Amérique du Sud.

Devant l’ahu principal, ou Vinapu I, ou Tahira, on peut voir un moaï enfoui dont seule la tête dépasse du sol, très détériorée par l’érosion :

Vinapu

Mais, derrière la statue, se dresse le mur arrière de l’ahu qui est à l’origine de la renommée de ce lieu unique sur l’île et de diverses théories sur les liens entre l’île de Pâques et l’Amérique du Sud. Ce mur, qui est l’une des plus belles réalisations de l’architecture Rapanui, est, en effet construit d’énormes blocs de pierre de plusieurs tonnes, ajustés sans mortier et posés avec une grande précision et, également, un grand sens esthétique.

Vinapu

Vinapu

Cette construction présente une grande ressemblance avec des structures que l’on peut observer dans la forteresse de Sacsayhuamán comme dans la citadelle du Machu Picchu au Pérou. Cette similitude étonnante a conduit certains membres de la communauté scientifique à évoquer la possibilité de contacts possibles entre les anciens habitants de la Polynésie et l’Amérique du Sud…

D’où une théorie selon laquelle Vinapu aurait été construit par l’Inca Tupac Yupanqui , lors de son expédition dans le Pacifique. Cette théorie est soutenue par l’historien péruvien José Antonio del Busto, qui se base sur les narrations écrites au XVIe siècle par les chroniqueurs espagnols Pedro Sarmiento de Gamboa, Martín de Murua et Miguel Cabello de Balboa. Selon ces écrits, lorsque Tupac Yupanqui était dans la zone nord du Pérou, il aurait appris l’existence d’îles lointaines et décidé de les aller conquérir. Ayant construit un grand nombre de radeaux à voile et accompagné de 20 000 guerriers, il serait parvenu dans les îles appelées Ninachumbi et Auachumbi.

José Antonio del Busto soutient que ces deux îles pourraient être Mangareva (en Polynésie française) et l’île de Pâques. Il aurait avancé plusieurs preuves à l’appui de son hypothèse, notamment le fait qu’à Mangareva, on rapporte la légende d’un roi Tupa, venu de l’est dans un radeau à voile, apportant orfèvrerie, céramique et textiles. Une histoire très similaire existerait dans les îles Marquises.

L’historien français Jean Hervé Daude soutient que les plates-formes de Vinapu sont élaborées de la même manière que les chullpas de Sillustani, un site pré-inca, près du lac Titicaca au Pérou, les mêmes que ceux érigés pendant la période de Tupac Yupanqui. Les deux bâtiments sont formés par une façade en pierre qui soutient les décombres servant de remplissage. Il souligne, également, que, sur l’île de Pâques, l’Inca aurait été appelé Mahuna-te Ra’a, ce qui signifie « fils du soleil ».

Voilà, voilà, pour les théories et les mystères, qui abondent sur cette île. On peut, cependant, faire remarquer que de tels ajustements de mégalithes se voient ailleurs, notamment en Égypte (ancienne) et au Japon… ;-)

Vinapu

Vinapu

Vinapu

Outre cette construction exceptionnelle, l’Ahu Vinapu, connu sous le nom de Vinapu II , situé à droite de l’Ahu Tahira, est une ancienne plate - forme. Cinq moaï renversés et plusieurs pukaos dispersés autour. On peut y voir une énorme coiffe en pierre rouge, sur la surface de laquelle a été sculptée une taheta, cavité destinée à recueillir l’eau de pluie.

Vinapu

Mais l’attraction principale est, ici, la colonne rouge peu commune qui se dresse en face de l’Ahu. Découverte et érigée à nouveau par l’archéologue William Mulloy lors de l’expédition de Thor Heyerdahl en 1956, elle est constituée de scorie rouge, le même matériau que les pukaos, sculptés dans la carrière du volcan Puna Pau.

                              Vinapu

Il est communément admis que cette « colonne » très érodée représente, en fait, un moaï particulier, féminin, comme l’indiquent les détails de sa surface. Selon certains témoins, il aurait pu, à l’origine, posséder deux têtes, et être utilisé pour soutenir un cadre en bois où, dans les temps anciens, les cadavres étaient mis à sécher avant d’être enterré.

Les statues découvertes, ici, représentant le sexe féminin sont très rares. Outre cette « colonne » de Vinapu, le plus important moaï femelle a été trouvé sur la plage d’Anakena par l’expédition d’Heyerdahl, et conservée sur l’île au Musée Sebastian Englert.

On peut, encore, distinguer les restes d’une troisième plate-forme, appelée Vinapu III, qui serait la plus ancienne du complexe, mais c’est à peine un tas de pierres…. Cette zone est, surtout utilisée pour l’installation des grands réservoirs de carburant de la société ENAP qui constituent la principale réserve d’essence et de kérosène de l’île…

… Cela me fait penser qu’il est temps de refaire le plein d’essence et de rendre la voiture, avant d’aller faire quelques courses et, peut-être, d’aller déguster, en bas, au bord de la mer, au coucher du soleil, un mojito, ma foi bien mérité !    :-)

10/7/2018

Orongo et le Rano Kau (24 mars)

Classé dans: — Brigitte @ 09:35:58

               Le village cérémoniel d’Orongo, au sud de l’île de Pâques, est l’un des sites archéologiques les plus intéressants et les plus spectaculaires de cette île. Le site archéologique est situé dans la partie sud-ouest du volcan Rano Kau, dans une bande étroite entre le bord du cratère qui entoure le lac intérieur et la falaise qui descend presque verticalement sur la mer, en face des îlots Motu Nui, Motu Iti et Motu Kao Kao.

Orongo

                Avant d’arriver à Orongo, la route grimpe jusqu’au bord du volcan où le vent souffle sans relâche. Ce volcan, date de 2,5 millions d’années a un vaste cratère (caldeira) rempli d’eau douce et tapissé à sa surface de petites touffes d’herbes. Selon la lumière du jour, l’eau que l’on peut entrevoir entre ces touffes d’herbes et de joncs prend des teintes colorées allant d’un bleu limpide à un gris foncé. Pierre Loti écrivait à propos de ce volcan : « c’est un Colisée immense et magnifique, dans lequel manoeuvrerait aisément une armée ».

               Rano Kau, ou Rano Kao, est le plus grand volcan et l’un des plus impressionnants des splendides décors naturels que l’on peut admirer sur l’île de Pâques.

Orongo

                                                  Vue aérienne de la face sud du volcan et ses falaises

C’est l’un des trois principaux cônes volcaniques (avec le Poike, le premier, puis le Terevaka, le plus jeune) qui ont donné naissance à ce petit triangle de terre qui est Rapa Nui. Le cratère, qui a une hauteur maximale de 324 mètres, est presque circulaire et se situe dans le sud-ouest extrême de ce triangle, à quelques kilomètres de Hanga Roa.

      Pour plus de précisions sur la formation géologique de cette île, lire un article très clair et bien documenté en cliquant ici

                La formation du volcan est due à de nombreux flux de laves basaltiques, dont les premières manifestations ont eu lieu il y a environ 2,5 millions d’années. À la suite de ces éruptions, d’autres cônes secondaires sont apparus, tels que le Maunga Orito, le Maunga Te Manavai et les trois motus ou îlots situés en face du volcan, tous formées par des laves acides. On peut observer des échantillons de ce type de lave à la surface supérieure des affleurements : obsidienne, fragments de trachyte et autres matériaux pyroclastiques. Le plus précieux de tous est, d’un point de vue archéologique, l’obsidienne, qui apparaît en plus grande quantité sur les deux cônes cités précédemment et dans l’îlot de Motu Iti, principaux lieux d’extraction de cette matière première, qui a servi à l’élaboration de plusieurs objets, notamment des fers de lance, des herminettes de pierre (toki), des grattoirs, les pupilles des yeux des moaï, etc.

L’une des caractéristiques des laves acides est leur teneur plus élevée en silice (SiO2 > 60 %), ce qui provoque des explosions violentes, comme celle qui a eu lieu dans la dernière éruption du Rano Kau, il y a environ 180 000 ans, et qui a donné naissance à l’immense caldeira de 1,6 km de diamètre.

Du côté nord, qui fait face à l’intérieur de l’île, le volcan descend en pente douce pratiquement jusqu’à la piste de l’aéroport de Mataveri, à proximité de Hanga Roa. Cependant, sur son flanc sud et sud - ouest, un fort processus d’érosion marine a contribué en quelques milliers d’années, à la formation des falaises vertigineuses qui atteignent une hauteur de 300 mètres.

Orongo

                              Pour explorer le panorama en très grande taille, cliquer ici (attendre que l’image se charge)

On peut observer une énorme brèche d’une largeur de 400 mètres dans le mur volcanique, nommée Kari Kari, par laquelle la coulée de lave s’est déversée dans l’océan. On pense qu’au fil des années, l’assaut continu des vagues finira par effondrer ce mur fragile qui sépare le cratère de la mer.

La lagune à l’intérieur du cratère

Dans la langue Rapanui, le mot Rano désigne un volcan à l’intérieur duquel de l’eau est stockée, comme c’est le cas pour les Rano Raraku ou Rano Aroi. Le mot Kau a plusieurs significations telles que « abondance d’eau » ou « grand, vaste ». Ainsi, le sens de Rano Kau pourrait être « un vaste volcan avec beaucoup d’eau ». L’accumulation d’eau de pluie à l’intérieur de la grande caldeira du cratère forme un grand lac d’environ un kilomètre et demi de diamètre, dont la rive se trouve à environ 200 mètres sous le bord supérieur. La surface du lac, dont la profondeur est estimée à environ 10 mètres, est couverte, dans une large mesure, par de nombreuses îles flottantes de roseaux totora, que leur faible épaisseur (env. un mètre) rend très instables.

Plusieurs expéditions scientifiques ont extrait des échantillons de sédiments afin d’étudier les différentes couches accumulées au fil du temps. Cette lagune était, jusqu’à une époque récente (quelques décennies), l’une des principales sources d’eau douce pour la population de l’île. Sur une île sans cours d’eau permanents, l’activité humaine s’est développée principalement près des petits lacs intérieurs de Rano Kau, Rano Raraku et Rano Aroi, et près des sources et des petits étangs formés dans les roches volcaniques… L’importance que revêtait l’accès à l’eau, pour ces populations, est démontrée, également, par le fait que tous les dépôts avaient leur nom propre, comme le nom légendaire de ce cratère : Te Poko Uri To Haumaka O Hiva, l’abîme noir de Hau Maka, de Hiva (Hau Maka étant le prêtre du premier roi dont le rêve aurait déclenché l’expédition de celui-ci, après l’envoi, depuis Hiva, des sept explorateurs - voir l’article sur l’Ahu Akivi)

                              Une immense serre naturelle

Orongo

L’intérieur du cratère, avec des murs de plus de 200 mètres, qui le protègent contre les vents forts et favorisent l’accumulation d’humidité, constitue une grande serre naturelle générant un microclimat favorable au développement et à la culture de nombreuses espèces végétales. Ces conditions ont permis la conservation des espèces végétales endémiques ainsi que d’autres, introduites par les colonisateurs polynésiens. Notamment mako’i, hau hau, mahute et marikuru. L’un des derniers spécimens de l’espèce presque éteinte toromiro, un arbuste de trois mètres de haut, a été sauvegardée, ici, lors de l’expédition de Thor Heyerdahl en 1955. Le dernier arbre indigène aurait disparu en 1962, victime du surpâturage des élevages ovins de l’île et, grâce à sa reproduction dans plusieurs jardins botaniques d’Europe, il pourrait être réintroduit dans l’île.

                                                            Orongo

    Moaï kava kava bicéphale de l’île de Pâques en bois de Sophora toromiro, obsidienne et os d’oiseau, Muséum de La Rochelle

Dans les temps historiques, une variété d’arbres et d’arbustes exotiques ont été plantés en terrasses, construites sur les pentes intérieures du volcan. Par la suite, d’autres espèces ont été introduites telles que les avocats, goyaves, bananes, vignes, figuiers, tubercules, etc.

On considère que le manavai, ancien système de culture dans un cercle protégé par un mur de pierre, comme nous en en avons vus ailleurs, par exemple à Akahanga, ont été inspirés par les cratères des volcans tels que le Rano Kau.

Ce grand volcan a, donc, été lié intimement à l’histoire de l’île de Pâques depuis le début (rêve du grand prêtre) puis l’arrivée de ses premiers colons. On raconte, encore, que le premier roi Hotu Matu’a choisit le côté sud-est du cratère pour y passer ses derniers jours après que son épouse, Vakai, eut rendu l’âme. Quand il sentit sa mort approcher, il s’en fut sur le site sacré d’Orongo et contempla avec nostalgie l’horizon, vers l’îlot de Motu Nui, en songeant à son pays natal Hiva

À l’intérieur et à l’extérieur du cratère Rano Kau, des grottes, des pétroglyphes, des fondations de maisons et, même, des restes d’Ahus ont été découverts. Tous ces vestiges montrent que le volcan avait une grande importance dans la vie des colons anciens. Parmi tous ces sites, l’ensemble cérémonial de Orongo se distingue par son emplacement et son importance historique.

Orongo

                         Le village cérémoniel d’Orongo

En bordure du sud du cratère, la crête devient plus étroite dominant la mer de 300 mètres d’un côté, et descendant, de l’autre, abruptement vers la lagune, pour aboutir à une paroi rocheuse allongée qui se termine par une pointe acérée. C’est ici, sur le bord le plus étroit du Rano Kau, que se trouve le village cérémoniel d’Orongo qui a vu naître le culte de « L’Homme Oiseau ».

Orongo

Orongo

Orongo

                    Composé de quelque 50 maisons en pierre elliptiques offrant une vue imprenable sur les trois îles ou motus en face du Rano Kau, ce village était habité uniquement pendant les jours précédant la cérémonie de l’Homme-Oiseau ou Tangata Manu, au cours du mois de septembre, à l’arrivée du printemps quand les différents clans de l’île entraient en lice pour récolter le premier oeuf « sacré » de l’oiseau Manutara afin d’obtenir, ainsi, le gouvernement de l’île. Cette cérémonie religieuse, en l’honneur du dieu créateur Make Make, a eu lieu jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Orongo

Orongo

Cependant, il convient de noter que les premières constructions d’Orongo ne sont pas liées au culte de Manutara. En fait, juste avant le début du village, au bord de la lagune, on peut apercevoir les restes d’une petite plate-forme, où persiste seulement la base au niveau du sol d’un unique moai, et qui aurait pu être utilisée comme un observatoire astronomique pour déterminer la position du soleil. Les premières maisons en pierre d’Orongo semblent avoir été construites vers 1400 apr. J.C. à partir de l’affleurement de roches qui monte vers ce qui serait maintenant le centre du village.

Au fil du temps et, surtout, en raison de la cérémonie de Tangata Manu, 54 maisons alignées sur le bord du cratère ont été construites, formant trois ensembles indépendants face à la mer. Presque toutes les maisons ont été pillées et détruites lors des différentes expéditions européennes et reconstruites à plusieurs reprises au cours des dernières décennies.

Sur les bords du cratère abondent des dalles de basalte laminaires, appelées Keho.

Orongo

C’est ce matériau que l’on utilisa pour construire des murs épais et pleins atteignant 2 mètres de large. Le toit est formé par des dalles plus longues, placées horizontalement sur les parois comme une voûte, recouverte d’autres dalles plus petites. Enfin, le toit était tapissé d’une épaisseur de terre et de pierres sur laquelle l’herbe poussait, donnant la stabilité à la construction et une protection contre les intempéries.

Orongo

Orongo

Les maisons ont un sol de forme ovale avec une longueur variable comprise entre 6 et 12 mètres et une largeur maximale d’environ deux mètres. La hauteur intérieure est de 1 à 2 mètres dans le meilleur des cas, et, dans la plupart des demeures, il est impossible de se lever. Certaines sont reliées entre elles par des couloirs étroits.

L’accès aux maisons est situé à l’avant donnant sur la mer et sa taille réduite, de forme carrée, contraint à entrer et sortir en rampant. C’est l’unique ouverture dans la structure par laquelle peut pénétrer la lumière, de sorte que l’intérieur est obscur et difficile à ventiler, si bien que ces constructions n’étaient utilisées que pour dormir. Ces édifices solides, qui contrastent avec les traditionnelles « maisons-bateaux » du reste de l’île résultent de la nécessité de se protéger des vents violents qui déferlent, en ces lieux. À l’intérieur de quelques maisons, on peut voir quelques peintures rupestres évoquant la cérémonie de Tangata Manu.

L’un des éléments les plus impressionnants du village d’Orongo était un moaï de basalte nommé Hoa Hakananai’a. Ce moai, de 2,5 mètres de haut, est unique non seulement parce qu’il a été sculpté dans le basalte, la matière première la plus dure disponible, mais aussi parce qu’il représente la continuité entre la culture ancienne et le changement qui se produisait.

Orongo

Il apporte, en effet, un lien entre l’ancien culte des ancêtres et le nouveau culte de l’Homme-oiseau. Sa face antérieure présente la forme classique de la période de floraison des grandes statues, mais, à l’arrière, sont gravés tous les motifs représentant la phase suivante : Tangata manu (homme oiseau), ao (pagaie double, symbole de puissance) et Komari (vulve, le symbole de la fertilité). À demi enterré dans l’une des maisons du secteur central, il en a été extrait, en 1868, par l’équipage du navire de guerre anglais Topaze et est conservé, depuis, au British Museum.

                         La cérémonie

                   Chaque famille (ou clan) envoyait l’un de ses hommes représenter son lignage et prendre part à une compétition en vue de prendre la place suprême au sommet de la pyramide sociale de leur peuple. Il s’agissait de dévaler la falaise d’Orongo (300 m), puis de rejoindre Motu Nui (un petit îlot situé à moins de 2 km des côtes) à l’aide d’un flotteur en roseaux (pora), attendre patiemment qu’un oiseau migrateur (le manutara) y ponde un oeuf, trouver cet œuf, puis le ramener jusqu’au village. Il devait donc retraverser le petit détroit jusqu’à la côte et escalader de nouveau la falaise avec cet œuf maintenu sur le front à l’aide d’une bandelette. Le gagnant apportait alors, semble-t-il, le pouvoir à son chef et à son clan jusqu’au printemps suivant où tout se rejouait.

On se rend compte, sur ces images et schémas, de la difficulté de la chose !…

Orongo

Orongo

Orongo

L’homme-oiseau, qui incarnait, alors, sur terre, le dieu Make-Make devait se raser le crâne et, soumis à de sévères interdits en raison de son caractère sacré, vivre seul, ensuite, dans une maison pendant 5 mois, et se débrouiller pour sa survie. L’œuf était, finalement, vidé et suspendu dans la maison de l’homme-oiseau. À sa mort, on lui attachait un coq vivant à chaque doigt de pied, puis on les détachait. Le brouhaha, l’envolée de plumes multicolores évoquaient alors l’envolée de l’esprit immortel du défunt. Sur le lieu de sépulture, les ossements étaient enfouis devant l’ahu, puis étaient déterrés durant une grande cérémonie de purification des os avant d’être remis en terre.

Orongo

Orongo

                    Après un adieu à ce magnifique volcan, nous quittons Orongo pour aller visiter Vinapu, avant de rendre la voiture qui nous aura permis de naviguer au fil des chemins quelque peu défoncés de l’île…

Orongo

Orongo

9/7/2018

Grotte d’Ana Te Pahu (24 mars)

Classé dans: — Brigitte @ 14:59:25

            Avant de visiter le site d’Orongo et le volcan Rano Kau, nous allons voir la grotte d’Ana Te Pahu, la plus grande de l’île. Il faut faire à peu près 15 minutes de marche pour l’atteindre, après le poste de contrôle.

Ana Te Pahu

Les éruptions volcaniques qui ont conduit, il y a des milliers d’années, à la formation de l’île de Pâques, ont créé des canaux de lave qui s’étendent en grande partie dans le sous-sol. Ana Te Pahu , situé sur les pentes du Terevaka, est la plus grande caverne sur l’île et le meilleur exemple de ces grands tunnels volcaniques.

Ana Te Pahu

Ana Te Pahu

                    Un grand tambour de lave refroidie

Les dernières explorations spéléologiques ont montré que cette caverne comprend plusieurs chambres souterraines interconnectées dont le parcours total est supérieur à 7 kilomètres de longueur. Elle a été habitée jusqu’en 1938. Le terme pahu, en langue rapanui, désigne une sorte de tambour. Cette grotte pourrait, donc, être qualifiée de grotte du tambour. La couche mince de lave durcie qui recouvre la cavité forme, en effet, un tambour naturel gigantesque d’un kilomètre et demi de diamètre. On entend résonner à l’intérieur les coups portés à l’écorce extérieure de lave.

Ana Te Pahu

Les anciens habitants, profitant de l’ampleur de cette grotte et de sa facilité d’accès, l’ont utilisée en guise d’habitation. Ceci est prouvé par les restes de umu pae (anciens fours en pierre) où ils ont cuisiné la nourriture. Les ouvertures de plafond causées par des effondrements de matériau empêchaient l’accumulation de fumée à l’intérieur.

Ana Te Pahu

L’une des principales chambres de Ana Te Pahu a été utilisée comme réservoir d’eau : les précipitations fréquentes, typiques du climat subtropical, filtrent à travers la roche et s’accumulent à l’intérieur. Cela a permis aux résidents d’avoir une réserve d’eau très accessible. Cet étang naturel a été particulièrement utile dans les moments où Ana Te Pahu a servi de refuge, au cours des affrontements pour le pouvoir qui ont eu lieu entre les différentes tribus, et pendant la série de « raids » entrepris pour capturer des esclaves, au milieu du XIXe siècle.

                    La grotte des bananes, une pépinière naturelle

Ana Te Pahu

Ana Te Pahu est également connue comme la « grotte de bananes », car il y a beaucoup de bananiers à l’entrée située à quelques mètres sous la surface. À côté, on cultivait la vigne, les avocats, et les tubercules comme le taro ou l’igname. La grande humidité à l’intérieur et la protection contre le vent offert par la grotte ont favorisé l’utilisation de celle-ci comme pépinière naturelle par les anciens habitants de l’île. Ils ont effectué, à cet endroit, une grande variété de cultures, lesquelles prospéraient grâce à la lumière du soleil et à la pluie fréquente.

Ana Te Pahu

Ana Te Pahu

L’entrée de la caverne se fait par l’un des secteurs où la couche de lave est effondrée.

Ana Te Pahu

Ana Te Pahu

L’entrée du tunnel est protégée par des barrières de pierre, murettes destinées à contraindre les éventuels intrus à entrer un par un, ce qui facilite la défense des occupants de la grotte.

Ana Te Pahu

Ana Te Pahu

Ana Te Pahu

                 Après cette longue matinée, commencée avec le lever de soleil sur Tongariki, nous rentrons à Hanga Roa, puis profiterons de la voiture et de l’après-midi pour visiter Orongo et le Rano Kau. Il fait très beau, le ciel est avec nous ! ;-)

8/7/2018

Puna Pau et l’Ahu Akivi (24 mars)

Classé dans: — Brigitte @ 14:26:30

PUNA PAU,  la carrière des pukaos (chapeaux des Moaï).

Puna Pau est un petit volcan éteint, situé à environ 7 km au nord-est de Hanga Roa, et dont le nom fait référence à une source ou un puits d’eau qui aurait existé dans son environnement. Ce cône volcanique fait partie d’un ensemble de cônes parasites qui émergèrent au cours des éruptions de Ma’unga Terevaka, le plus jeune et le plus haut volcan sur l’île de Pâques.

À l’intérieur du cratère de Puna Pau se trouve une carrière de scorie rouge qui était autrefois une source importante de matières premières pour les insulaires. La scorie rouge ou hani hani, son nom en langue rapa nui, est un type de cendre volcanique d’une grande porosité et d’une structure particulière, qui présente une couleur rougeâtre due à l’oxyde de fer présent dans sa composition. Les caractéristiques de ce matériau tendre et facile à sculpter, ce qui le rendait impropre à la construction, ont été utilisées pour la fabrication de différents types d’objets, dont certains très spéciaux. Parmi eux, une vingtaine de statues de petite taille, des récipients pour l’eau, appelés taheta, des blocs de type ornemental et des yeux de moaï.

Bien qu’il existe d’autres dépôts de cendres rouges sur l’île, la carrière de Puna Pau était la plus important de tous, et est considérée comme étant à l’origine de la plupart des objets connus sculptés en hani hani . La couleur rouge est, en effet, une couleur symbolique associée aux rites sacrés et au mana (force spirituelle).

Puna Pau

Puna Pau

                    La forme actuelle du petit volcan est le résultat de l’intervention de l’homme au cours de l’histoire. Selon les dernières fouilles, la période entre les XIVe et XVIIe siècles a donné lieu à un intense travail d’extraction dont le motif principal était l’élaboration des pukaos (chapeaux) cylindriques qui couronnaient quelques-unes des statues de l’île de Pâques. Tout comme le versant sud du volcan Rano Raraku  (voir cet article) est à l’origine de la plupart des statues de l’île, on estime que le tiers du cratère de Puna Pau a été utilisé pour fabriquer tous les pukaos. On pense, également, que, dans la carrière, se formaient différentes équipes de travail se concurrençant pour délimiter leurs propres zones de production.

Puna Pau

Puna Pau

Puna Pau

                    Cependant, contrairement à Rano Raraku, il semble que Puna Pau ait été considéré comme un lieu secret et sacré. Son emplacement dissimulé aux autres parties de l’île, une production presque silencieuse, réalisée à l’intérieur du cratère, et cette couleur rouge particulièrement appréciée a contribué à son isolement à un certain mysticisme.

Un chemin un peu raide et, parfois, glissant mène au cratère et on peut monter jusqu’au sommet du volcan pour découvrir un magnifique point de vue sur la périphérie de Hanga Roa, l’océan Pacifique et les terres cultivées où se dressent doucement des cônes volcaniques.

Puna Pau

Puna Pau

Puna Pau

Puna Pau

Puna Pau

                    Cliquer sur l’image, pour regarder le panorama en très grande taille  ;-)

   

L’AHU AKIVI   Les sept explorateurs

                    Ce site présente des caractéristiques singulières, en raison de son emplacement unique, de son orientation astronomique, bien étudiée et des travaux de restauration qui ont été opérés et qui représentent une étape importante dans l’histoire récente de l’île de Pâques.

Ahu Akivi est situé sur le flanc sud-ouest du volcan Maunga Terevaka (511 m), le point culminant de l’île, à 2,6 km à l’intérieur de la côte centre-ouest. Cette situation est déjà importante, puisque la plupart des plates-formes cérémonielles sont élevées sur le littoral de l’île.

Ahu Akivi

Des quelques Ahus construits à l’intérieur de l’île (environ une trentaine), Ahu Akivi est la plate-forme la plus importante et complexe. D’après les fouilles et les études réalisées, on pense que la première phase de construction a commencé vers la fin du XVe siècle. On érigea, tout d’abord, une plate-forme rectangulaire sur une surface plane, d’où partait une rampe de 25 mètres. À l’arrière se trouvait un crématorium utilisé dans les cérémonies de crémation.

Au cours de la deuxième phase, qui débuta à la fin du XVIe siècle, des améliorations et des modifications furent apportées : on construisit un deuxième crématorium et l’on édifia sept statues de Moaï sur la plate-forme centrale.

Ahu Akivi est situé dans un territoire associé au puissant clan Miru, l’une des tribus les plus puissantes de l’ile. On pense que les moaï ont été érigés environ 150 ans avant le premier contact avec les visiteurs européens, ce qui suggère qu’à ce moment, considéré comme une date tardive, il régnait encore une stabilité politique et l’abondance économique nécessaire pour mener à bien une construction de cette ampleur.

Ahu Akivi

           Les statues qui regardent la mer

Les sept statues ont été transportées depuis la carrière du volcan Rano Raraku (voir cet article) situé à 15 km, à travers un terrain irrégulier et en utilisant une méthode encore sujette à nombre d’hypothèses. Les statues présentent, entre elles, une uniformité minutieuse, quelque chose que l’on ne voit pas à Tahai ou Tongariki, et qui confère au monument une impression d’harmonie et d’équilibre.

On dit souvent que les moaï de Ahu Akivi sont les seules statues qui regardent la mer, sur l’île, puisque toutes les autres tournent le dos à l’océan. Mais, bien que ce ne soit pas faux, la vérité est toute autre : ils sont, en effet, orientés comme le reste des plates-formes : leurs visages regardent vers l’esplanade qui se prolonge devant eux, où s’étendait, autrefois, un village. Les statues de Akivi ont été placées, comme toutes les autres, de manière à surveiller et protéger les habitants du village, par le pouvoir de leur mana, leur puissance mystique.

Ahu Akivi

Ahu Akivi

Un observatoire astronomique précis

Comme d’autres plates-formes sur l’île, y compris le moaï seul de l’Ahu Huri a Urenga, l’Ahu Akivi a été construit suivant une orientation astronomique précise. De cette manière, les moaï contrôlaient le changement des saisons et les moments les plus appropriés pour les tâches agricoles. Ici, l’axe de la plate-forme a été orienté Nord-Sud, de manière à ce que les visages des moaï regardent exactement à l’endroit où le soleil se couche lors l’équinoxe du printemps austral (le 21 septembre) et montrent leur dos au lever de soleil de l’aube de l’équinoxe d’automne (le 21 mars).

La légende de sept explorateurs

La littérature récente sur Akivi fait état d’un lien qui existerait entre les sept statues de la plate-forme et la légende des sept jeunes gens qui avaient été envoyés en exploration, avant sa première colonisation de l’île, par le roi Hotu Matu’a.

Cette légende raconte que Hau Maka, le prêtre de Hotu Matu’a avait fait un rêve dans lequel son âme volait à travers l’océan et lui avait fait voir l’île. Par la suite, il aurait dépêché sept explorateurs sur la mer pour localiser l’île, étudier ses caractéristiques et juger du meilleur endroit pour y débarquer.

Bien que l’idée soit séduisante, de cette légende évoquée dans la pierre, on peut largement douter de cette interprétation. Les Moaï de ce site appartiennent à une période sculpturale assez tardive, après l’an 1440 apr. JC, et les historiens admettent que les premiers colons sont arrivés sur l’île vers le Ve siècle, excluant, ainsi, une relation entre les deux faits…

Ahu Akivi

La restauration

L’Ahu Akivi a été le premier Ahu restauré après qu’un petit groupe d’insulaires, à la demande de Thor Heyerdahl, eut érigé la statue de l’Ahu Ature Huki sur la plage de Anakena en 1956 (voir cet article). L’anthropologue américain William Mulloy, membre de cette équipe norvégienne, consacra, dès lors, une grande partie de son existence à étudier les mystères de l’île de Pâques.

Les travaux de reconstruction de l’Ahu Akivi ont commencé au mois de mars 1960 et continué jusqu’en octobre. William Mulloy et son collègue chilien Gonzalo Figueroa œuvrèrent avec une équipe de 25 Pascuans dans diverses phases d’excavation et de reconstruction. Ce fut la première fouille archéologique sérieuse et la première restauration complète d’un site de cérémonie à Rapa Nui.

Les travaux ont été réalisés avec peu de moyens matériels, ils utilisèrent uniquement des poteaux en bois, des pierres et une paire de bœufs. Mais avec de la persévérance, de l’ingéniosité et beaucoup d’efforts, ils atteignirent leur objectif. Pour soulever et placer le premier moaï, ils usèrent d’une rampe en pierre et de deux grands leviers en bois. Une opération qui prit un mois entier. Cependant, après avoir perfectionné leur technique et avec le bénéfice l’expérience acquise, il leur a fallu moins d’une semaine, ensuite, pour élever la septième statue. La restauration d’Akivi est considérée comme un tournant, sur l’île, car, à partir de ce moment, les autres restaurations de plates-formes importantes (Tongariki et autres) ont commencé, qui conduisirent à une véritable renaissance culturelle…

Ahu Akivi

7/7/2018

Papa Vaka, Te Pito Kura, Anakena (23 mars)

Classé dans: — Brigitte @ 14:34:41

                    Papa Vaka est un site archéologique situé au nord de la route de l’île, entre l’Ahu Te Pito Kura et Pu o Hiro , avant d’arriver à Anakena. Il se caractérise par le grand nombre de pétroglyphes que l’on peut y voir sur les grandes dalles d’origine basaltique émergeant au niveau du sol.

Carte île de Pâques

Les figures marines de Papa Vaka illustrent l’art rupestre typique de la côte nord de Rapa Nui, et témoignent de l’intérêt des habitants de ces territoires pour la domination de la mer. Tous les bas-reliefs ont trait à l’immense océan qui entoure l’île. Diverses créatures marines peuvent être observées, outre les Vaka (pirogues) et Mangai (hameçons), des outils essentiels dans les temps anciens, pour le contrôle des ressources marines.

Papa Mangó  Cette zone contient en abondance des représentations de kahi (thon), très important dans la vie de ces habitants) et deux images de mangó (requin) :

Papa Vaka

Papa Mangai,  le rocher des hameçons:

… Où l’on distingue une grande concentration d’hameçons (mangai), notamment pour le thon (mangai kahi)

L’un de ceux-ci peut représenter un octopode (heke) ou un crabe (pikea) :

                                        Papa Vaka

Papa Vaka,  la pierre du grand canoë:

Le terme papa signifie « pierre » en langue Rapanui et vaka « canoë », si bien que le nom de ce lieu se réfère au plus grand des pétroglyphes recensés dans toute l’île de Pâques :

Papa Vaka

Bien qu’une grande variété de pirogues, des tortues, des hameçons, et un grand nombre de trous dont le sens est ignoré puissent être distingués, sur cette grande pierre, la figure principale est la grande pirogue double, comprenant deux coques de 12 mètres de long. On ne sait pas si ce grand pétroglyphe représente un canot très spécial, ou s’il peut vouloir se rappeler le grand bateau qui a amené les ancêtres qui ont peuplé Rapa Nui…

          Papa Vaka

                    Te Pito Kura, et le nombril de la lumière !

Te Pito Kura est un site archéologique situé en face de la baie de La Pérouse (voir carte ci-dessus). Dans ce centre cérémoniel se dresse le Ahu du Paro, dont le seul moaï, nommé Paro, est resté dans la même position où il s’est trouvé, lorsqu’il fut abattu, il y a près de deux siècles.

Te Pito Kura

Le Paro est important, parce que c’est la plus grande statue moaï transportée depuis la carrière du volcan Rano Raraku et érigé avec succès sur une plate-forme. Ses dimensions sont spectaculaires : ses oreilles mesurent 2 mètres, sa hauteur atteint 10 mètres et on estime que son poids doit être supérieur à 80 tonnes !… Il gît la face tournée vers le sol et son corps est brisé à demi (au niveau du cou) à la suite de sa chute. Devant sa tête se trouve son pukao gigantesque, ovale : de près de 2 mètres de haut et pesant environ 10 tonnes, il est, également, considéré comme l’un des plus volumineux pukaos sculptés et apportés depuis la carrière de Puna Pau.

Te Pito Kura

Selon la tradition, la construction de ce moaï fut commandée par une veuve, en mémoire de son défunt mari. Il semble que le moaï Paro a été l’une des dernières statues à être renversée de son ahu et l’on pense que le fait s’est produit peu après 1838, puisqu’après cette date, il n’y a aucun rapport de visiteur décrivant un moaï dressé sur ce site.

La pierre magnétique.

À quelques mètres de cet ahu, on peut contempler une grosse pierre de forme ovoïde et de 80 centimètres de diamètre. L’expression Te Pito Kura signifie « nombril de la lumière » et certaines personnes se référant, pour le nom de ce lieu, aux qualités particulières de ce rocher, lui attribuent l’un des noms avec lequel il est connu dans l’île de Pâques, Te Pito O Te Henua ce qui signifie « nombril du monde ».

Cette pierre singulière était autrefois connue sous le nom de Tita’a Hanga ‘o te Henua, et selon la légende, elle fut apportée par Hotu Matu’a, le roi fondateur du peuple Rapanui, dans le bateau qui l’amena de Hiva, sa terre natale, aux alentours de 450. On dit que, dans ce rocher presque sphérique et lisse, se concentre une énergie magnétique et surnaturelle appelée mana.

Te Pito Kura

En raison de sa teneur élevée en fer, cette pierre se réchauffe plus vite que les autres et induit un comportement bizarre de la boussole. De nombreux visiteurs portaient la main sur elle pour capter son énergie ou encore, selon la croyance de certains, améliorer la fertilité féminine. Mais il semble que certains touristes, trop confiants en leur pouvoir, aient commis des actes obscènes sur la pierre, ce qui a conduit, depuis lors, à l’enfermer au centre d’une muraille de pierres. Les quatre pierres qui l’entourent indiquent les quatre points cardinaux.

Te Pito Kura

                    ANAKENA

Anakena est le siège d’une plage idyllique… Nous continuons à longer la côte nord, après ces sites, pour arriver à Anakena, au bord de la mer. Nous la découvrons avec émerveillement, et je ne résiste pas à l’envie de prendre un bain de mer sur cette jolie plage unique de sable fin ! :-)

Anakena

Anakena

C’est là qu’aurait débarqué le roi Hotu Matu’a, venu de Polynésie, il y a plus de 1 700 ans. Les cocotiers (seule espèce sur l’île à cet endroit) penchent élégamment leurs silhouettes sur cette plage avec, en arrière-plan, un ensemble de sept statues : l’Ahu Nau Nau.

Anakena

Anakena

Anakena

À l’arrière, on peut voir l’Ahu Ature Huki avec son unique moaï qui fut le premier à être redressé en 1956 par la méthode de Thor Heyerdahl, dite des “petits cailloux", qui consiste à lever le moaï de quelques centimètres par des leviers et des cordes et de combler les espaces par des petits cailloux. L’équipe de pascuans mit 18 jours pour relever ce colosse.

Anakena

En fait, le vrai nom de la plage et de la petite baie est Hanga Mori o Un, ou bien Hanga Rau Ariki ou la Baie du Roi, en l’honneur du premier fondateur. Le nom par lequel la plage est connue provient, de fait, d’une grotte voisine, où Hotu Matu’a aurait pu s’installer pendant la construction de sa demeure. La grotte (« ana » en langage Rapanui) et Kena, un nom désignant le fou masqué (Sula dactylatra), un oiseau de mer qui construit toujours des nids dans l’île.

Anakena

Au fil du temps, Anakena est devenu un important centre de peuplement à travers l’histoire, la résidence de la tribu royale Miru et le lieu de rencontre des maîtres de l’ancienne écriture Rongo Rongo..

L’Ahu Nau Nau :

La plate-forme la plus imposante et qui domine le centre du paysage est l’Ahu Nau Nau, qui fait 60 m de longueur sur 12 m de large. Ses sept moaïs, de nouveau érigés après la restauration effectuée par l’équipe de Sergio Rapu en 1978, se distinguent par la finesse de ses traits et les détails gravés sur leur dos. C’est l’une des plates-formes les mieux préservées de l’île parce ces moaïs sont restés ensevelis sous le sable quand ils ont été abattus, ce qui les protégeait des facteurs météorologiques qui ont érodé bien d’autres statues…

Les diverses fouilles archéologiques conduites dans Anakena ont révélé que il y avait au moins trois périodes de construction, pour cet Ahu. La phase la plus ancienne, appelée Nau Nau I, daterait de 1 100 après JC. Elle a été suivie par une phase intermédiaire, Nau Nau II, entre 1 190 et 1 380, et, enfin, d’une dernière phase, Nau Nau III, avec une date estimée entre 1 300 et 1 400 de notre ère.

Anakena

Anakena

Cependant, il a été prouvé que la première colonie Anakena pouvait être antérieure d’environ 200 ou 300 ans à la première construction de cet Ahu. Anakena serait l’un des lieux habités les plus anciens de l’île, reliant ainsi l’histoire et la légende.

L’Ahu Nau Nau est historiquement connu comme Ahu Ature Hoa, et, selon la tradition, Vakai, l’épouse de Hotu Matu’a, y serait enterrée. Il semble que le nom par lequel il est nommé, à l’heure actuelle, peut être associé au Naunau ou nau opata, un arbuste, aujourd’hui disparu, de la famille du santal. Cette plante, dont le bois aromatique était autrefois utilisé pour fabriquer un parfum, produisait, également, un fruit consommable ressemblant à une noix. Selon la légende, le premier Ariki, Hotu Matu’a, et ses disciples auraient apporté ces noix de leur terre natale afin de se nourrir pendant les premiers mois sur l’île.

Les quatre premiers moaï à gauche sont pratiquement intacts et couronnés par un pukao, la coiffure volcanique de scorie rouge de la carrière de Puna Pau. Ces moaï, avec le seul moaï coiffé de Tongariki et le Ahu Ko Te Riku à Tahai, sont les seuls sur l’île qui portent un pukao.

Le cinquième moai est, également, très bien conservé, mais il n’a pas de pukao, le sixième n’a plus de tête et le septième montre à peine un demi-torse.

La surface des statues, assez uniformes et stylisées, est soigneusement polie et les traits du visage, nez, oreilles, mains sont finement sculptés et sont un peu plus saillants que pour d’autres monuments. Même les pukao sont très bien travaillés, celui de la première statue présentant une forme conique inhabituelle.

Anakena

On peut observer le travail des détails au dos de ces moaï. Ceintures au niveau des hanches, symboles, peintures corporelles, tatouages ? Ces détails ne sont pas fréquents. Cependant, on peut en voir sur certaines statues exhumées de la carrière de Rano Raraku (voir l’article) et à l’arrière du fameux moaï Hoa Hakananai’a qui a été transporté d’Orongo (voir l’article) au British Museum de Londres.

                                        Anakena

                                        Anakena

Une belle découverte :  L’œil du Moaï :

               Lors des travaux de restauration effectués en 1978 par l’équipe de Sergio Rapu, l’archéologue Rapanui Sonia Haoa a trouvé des fragments de corail blanc et un disque de scorie rouge en fouillant à proximité d’un moaï renversé et à demi-enterré dans le sable. Les restes recueillis, une fois assemblés, forment un oeil d’environ 35 cm de long, ce qui convenait parfaitement à l’orbite vide de la statue… Cette constatation a marqué une étape importante, dans la connaissance des historiens, car, jusqu’alors, on pensait que les orbites des statues étaient restées vides.

L’anthropologue William Mulloy avait déjà découvert des fragments similaires dans ses fouilles effectuées 20 ans plus tôt, à Vinapu sur la côte sud, mais on pensait qu’ils étaient des fragments d’un plat à base de corail.

Depuis la découverte de Sonia Haoa, d’autres restes d’yeux de corail ont été trouvés dans d’autres endroits, sur l’île de Pâques, et autour de l’Ahu Nau Nau, nombre d’entre eux portant, encore, des marques des outils utilisés pour leur fabrication.

                                        Anakena

                    Nous regagnons Hango Roa en passant, cette fois, par le centre de l’île. C’est pratiquement le seul endroit où nous pouvons contempler une petite forêt d’arbres (eucalyptus). En effet, le sol de l’île, sans cesse balayé par les vents marins, est très pauvre en végétaux. Il est presque entièrement recouvert d’une herbe rase et jaune ; la terre végétale n’atteignant que 50 cm de profondeur, il est très difficile, pour les arbres, d’y maintenir leurs racines.

                                        Anakena

6/7/2018

Tongariki (23-24 mars)

Classé dans: — Brigitte @ 17:00:22

Tongariki, l’ahu dont les quinze moaï tournent le dos à la mer est une image célèbre de l’île de Pâques.

Tongariki

Tongariki

Ce site, dont le nom se réfère aux vents d’est, est situé à l’extrémité est de la côte sud de l’île de Pâques (voir carte de l’article précédent sur Rano Raraku) dans un paysage d’une grande beauté. Sur la gauche, se dresse le volcan Poike, le plus ancien de l’île, dont les éruptions ont donné naissance à la péninsule du même nom et où, selon la tradition, s’est déroulée la bataille entre « les longues oreilles » (dominantes) et « les oreilles courtes ». À son sommet, un cratère, à présent recouvert d’une petite forêt d’eucalyptus. Sa pente sud descend par des falaises abruptes au niveau de la mer, où les roches volcaniques forment la baie de Hanga Nui (grande baie).

À l’arrière-plan, l’îlot connu sous le nom motu Maratiri, qui dans les temps anciens a servi de refuge pour beaucoup de personnes, lors des conflits tribaux, et constitue le cadre de plusieurs mythes et légendes.

Et, devant l’ahu, face au sud, la masse impressionnante du volcan Rano Raraku , d’où ont été extraites de la plupart des statues de l’île.

L’histoire de Tongariki mêle des récits mythologiques, ceux de guerres entre les clans et les règlements des tribus qui remontent au Xe siècle. Dans la grande esplanade qui s’étend devant le ahu, on trouve des restes de bateaux-maisons ou hare paenga et des centaines de pétroglyphes gravés dans la roche volcanique qui reflètent l’importance de ce lieu dont on pense qu’il était le centre sociopolitique et centre religieux de Hotu Iti, l’un des deux grands clans qui regroupait les tribus du secteur est de l’île. La première occupation humaine date de l’an 900 après J.-C. et est liée à la première phase d’un premier AHU. L’impressionnant monument final est le résultat de séries successives de modifications et extensions, réalisées tout au long de l’histoire, qui montrent la maîtrise technique atteinte par les constructeurs.

Tongariki

L’ahu Tongariki est la plus grande structure cérémonielle construite sur l’île de Pâques et le plus important monument mégalithique dans toute la Polynésie. Il représente le summum des constructions sacrées nommées Ahu-moai , développés dans Rapa Nui pendant plus de 500 ans. Mais, malheureusement, comme cela s’est passé pour le reste des plates-formes cérémonielles de l’île, les moaï ont été renversés de l’Ahu au cours des épisodes de violence qui ont opposé les différents clans de l’île au moment de la décadence de la culture Rapa nui. On estime que cette période a commencé après 1500 apr. J.-C., pour atteindre son acmé à la fin du XVIIe siècle. On ne sait pas avec certitude quand les statues de l’Ahu Tongariki ont été démolies, mais, selon les témoignages des premiers navigateurs européens qui sont arrivés sur l’île, il semble que celles-ci ne tenaient plus debout quand ils sont arrivés au début du XVIIIe siècle. L’endroit a, cependant, continué à être utilisé comme cimetière jusqu’à la conversion de la population au catholicisme dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Tongariki

Selon les dessins, les textes et des photos qui ont été conservés, on sait que, jusqu’en 1960, l’état de conservation du Ahu a été relativement bon, même si les statues avaient été renversées avec leurs visages vers le sol et si l’une des ailes latérales avait été détruite, les pierres ayant été utilisées comme matériau de construction d’une clôture pour le bétail. Mais, dans la nuit du 22 au 23 mai 1960, s’est produit l’un des plus grands tremblements de terre jamais enregistrés dans l’histoire, d’intensité de 9,5 sur l’échelle de Richter, lequel a détruit la plupart des régions du centre et du sud du Chili causant de nombreuses victimes, son épicentre étant situé dans la ville chilienne de Valdivia située 3 700 km à l’est de l’île. Ce tremblement de terre a produit une vague qui a traversé le Pacifique pour atteindre les côtes de l’Océanie et de l’Asie, provoquant de grandes destructions sur les îles de Polynésie. Près de 6 heures après le séisme, le tsunami a atteint l’île de Pâques sur son côté est, atteignant directement Tongariki. Puis, le tsunami contourna l’île et reprit son cours en Polynésie, où, 15 heures après le séisme, une vague de 10 mètres de haut a frappé Hilo à Hawaï, tuant des dizaines de personnes et détruisant complètement la ville. La dévastation a continué jusqu’aux côtes du Japon et de la Nouvelle - Zélande.

La vague gigantesque qui avait atteint la baie de Hanga Nui a dépassé les 10 mètres de hauteur et est entrée sur plus de 500 mètres à l’intérieur des terres, pour atteindre la base du volcan Rano Raraku, détruisant complètement la principale plate-forme jusqu’aux fondations, la puissance de la mer repoussant quelques-unes des statues de plus de 100 mètres à l’intérieur. Certaines d’entre elles étaient brisées, et d’autres, retournées face vers le haut, montraient leur visage pour la première fois après plusieurs siècles.

Tongariki

Lorsque les eaux se furent retirées, elles avaient complètement détruit la majeure partie du monument et la zone était couverte de rochers de la côte, des pierres de l’Ahu et des restes de statues, mélangés avec des os et de crânes humains des tombes creusées sous la plate-forme… De nombreuses informations ont été perdues à jamais. Mais, à partir de 1988 des scientifiques se sont mobilisés pour effectuer une restauration qui a eu lieu à partir de 1992 (importation d’une énorme grue fournie par le Japon) et parachevée en 2003-2006, dans le cadre du projet UNESCO-Japon Île de Pâques.

Ce qui nous permet d’admirer, à présent, ces quinze géants qui nous observent de leur position dominante en cet endroit unique au monde. Ces images mégalithiques, rangées sur leur plate-forme de 100 mètres de long, tournent le dos à la mer afin de projeter leur mana, leur protection spirituelle, sur l’ancien village qui existait auparavant.

Tongariki

Tongariki

Tongariki

La variété dans les formes et les tailles des statues est frappante. Ici, contrairement à ce que l’on peut voir sur d’autres plates-formes de l’île, telles que Ahu Nau Nau ou Ahu Akivi, les Moaï sont tous différents. Il sont minces, épais, grands ou petits (entre 5,6 et 8,7 m), et même les expressions semblent différentes…

Tongariki

Il est possible, comme le proposent certaines théories, qu’ils reflètent de cette manière, le caractère ou les caractéristiques des différents ancêtres représentés. Bien que les différences esthétiques soient plus susceptibles d’être la conséquence des différentes époques où ils ont été fabriqués. Lors de la reconstruction, des vieilles têtes ont été trouvées qui montrent une forme plus ronde et naturelle, mais il semble qu’au cours du temps, les caractéristiques soeint devenues de plus en plus stylisée.

Toutes les statues Moai ont été sculptées dans le tuf volcanique des carrières du volcan Rano Raraku, situé à un kilomètre au nord-ouest. En dépit de la proximité relative, on s’interroge toujours sur la manière de transporter ces énormes géants d’un poids moyen de 40 tonnes.

Autrefois tous les moaï de l’Ahu portaient un pukao (le chapeau rouge) sur leur tête, mais au cours de la restauration on n’a pu en placer un que sur le deuxième à partir de la droite, les autresayant été trop érodés, en raison du passage du temps et du tsunami. Sur le côté droit de la plate - forme, on peut contempler sept de ces énormes cylindres gravés dans la scorie rouge extraite du volcan Puna Pau :

Tongariki

D’après les vestiges découverts, on estime qu’au moins 30 moaï faisaient partie de Tongariki, dans ses différentes étapes, sur une période qui a duré plus de 700 ans.

Au milieu de cette place, à environ 80 m de la plate - forme, une autre énorme statue en pierre repose sur l’herbe, couchée. Ce moai, divisé en deux parties, se trouve sur le dos et regarde en l’air de ses orbites non sculptés…

Tongariki

Le voyageur

À quelques mètres de l’accès ouest du site, très près des restes d’un hare-paenga (bateau-maison), se dresse une statue singulière…

                              Tongariki

Qui est tournée dans le sens opposé à celui des moaï de la plate-forme… comme pour montrer son irritation de n’avoir pas été incluse dans le monument. elle a eu son moment de gloire en étant expédiée au Japon afin de participer à une exposition à Osaka. C’est pourquoi les insulaires l’ont surnommé « le moaï voyageur » ;-)

Il a été utilisé, également, en 1986, dans les expériences de l’explorateur norvégien Pavel Pavel qui, pour démontrer sa théorie sur le déplacement des statues, a fait « marcher » ses neuf tonnes en usant de cordes, aidé d’un petit groupe de vingt personnes.

Tongariki

On découvre et admire, également, sur ce site, nombre de pétroglyphes, représentant, notamment, des tortues géantes ou d’homme-oiseau (Tangata manu).

Mais l’une des merveilles de l’Ahu Tongariki est le spectacle indescriptible que l’on y peut admirer à l’aube : on y arrive dans la nuit noire… Puis, les étoiles s’éteignent les unes après les autres pour laisser place à l’apparition du maître soleil qui montre ses premières lueurs colorées. Les moaï, impassibles, se laissent caresser tout doucement par les premiers rayons du soleil. Puis le maître apparaît, tel un dieu resplendissant, derrière ces autres dieux sculptés de la main de l’homme. L’ombre de ces statues s’allonge petit à petit. Les visiteurs respectent cet instant solennel, en silence, chacun dans son monde intérieur…

Tongariki

Tongariki

Tongariki

Tongariki

Tongariki

Tongariki

Tongariki

Tongariki

Il y a du monde pour contempler ce merveilleux spectacle !… ;-)

Tongariki

Vous pouvez regarder, ci-dessous, en plein écran, la vidéo que j’ai réalisée du lever de soleil sur Tongariki  ;-) :

                       

Tongariki

Rano Raraku (23 mars)

Classé dans: — Brigitte @ 11:36:55

          Rano Raraku, la carrière des Moaï !

L’un des endroits de l’île qui m’a le plus fascinée et impressionnée est le fameux volcan Rano Raraku. Le lieu, lui-même, est vraiment extraordinaire. Pour y parvenir, nous parcourons, en longeant la côte, une petite route quelquefois défoncée, où, comme sur toute l’île, des chevaux en liberté s’égayent.

Chevaux dans l'île de Pâques

Sur les pentes de ce volcan, on peut voir surgir par ci, par-là, des dizaines d’hommes de pierre, à demi-enterrés pour certains, d’autres brisés ou inachevés, ou certains prêts à se lever, mais comme figés brusquement dans le temps.

Rano Raraku

Rano Raraku

Ce volcan a servi de carrière aux sculpteurs de cette époque. Au fond du cratère, un lac aux herbes folles, coloré d’une sorte de mousse ocre dorée donne l’aspect d’un tapis d’or.

lac de Rano Raraku

Le silence y règne, seul un léger souffle de vent fait bruisser les ajoncs (appelés totora) du lac. C’est à cet endroit que les moaï ont été extraits par les sculpteurs d’antan.

          Volcan Rano Raraku

Le volcan Rano Raraku est situé à 20 km au nord-est de Hanga Roa, très proche de la péninsule Poike et à seulement 1000 mètres au nord-ouest de la baie Hanga Nui. Il offre une vue unique sur la baie de Tongariki, et une très belle perspective depuis sa colline. L’ancien nom de ce lieu était Maunga Eo, qui signifie « colline parfumée ». En effet, il y poussait, dans le passé, une plante très aromatique dont le parfum imprégnait toute la région. Une ancienne légende raconte comment deux esprits de jeunes femmes sont venus dans l’île, attirés par l’arôme intense du lieu.

Le nom actuel dérive du mot Rano, qui, dans la langue Rapanui, se réfère aux volcans qui ont un lac intérieur. On pense que le terme Raraku, qui signifie rayé ou rainuré, fait référence aux larges rainures présentes sur la face sud de la montagne. Ici, une vue aérienne :

Rano Raraku, vue aérienne

Rano Raraku, vue aérienne 2

Le cône volcanique s’est formé il y a plus de 300 000 ans, par l’activité éruptive des volcans Maunga Terevaka et Pua KATIKI. Il a une hauteur maximale de 180 mètres sur son bord sud-est et son cratère présente une forme elliptique dont le plus grand diamètre est d’environ 700 mètres. À l’intérieur, il abrite un lac d’eau douce d’environ 3 à 4 mètres de profondeur créé par les pluies fréquentes subies par l’île. À l’Est, le bord domine une imposante falaise.

Contrairement à la plupart des cônes volcaniques de l’île, Rano Raraku est composé d’un type unique de roche sur l’île connue sous le nom de tuf, formée par compaction des lapilli : une roche poreuse formée par l’accumulation de cendres volcaniques éjectées lors d’une éruption, qui, lorsqu’elles ont refroidi, par contact avec l’atmosphère, se trouvent compactées et durcies. Sa principale caractéristique est sa faible dureté sous la surface, par rapport au basalte, ce qui a encouragé les anciens sculpteurs à l’utiliser comme matière première pour tailler les énormes statues. Il est frappant de constater que la plus grande part de ce tuf est concentrée dans la moitié sud du cône, coïncidant avec la paroi verticale, émergeant un peu dans la moitié nord. Selon certains géologues, cette grande falaise rocheuse serait le seul vestige d’un volcan sous-marin antique. Ce qui, en grande partie, a disparu en raison de l’érosion a été couvert, par la suite, des cendres rouges émises par le nouveau cratère adjacent, ce qui expliquerait la grande différence des matériaux rencontrés sur les deux côtés du Rano Raraku.

Ces détails géologiques expliquent pourquoi Rano Raraku est devenue la carrière dans laquelle a été sculptée la quasi-totalité du millier de statues trouvées sur l’île de Pâques, avant d’être acheminées sur les plates-formes ou ahu de cérémonie, réparties le long de toute la côte, afin d’honorer la mémoire des ancêtres. Dans cette carrière, qui fait plus de 800 mètres de long, les statues sont partout, voire dans des endroits presque inaccessibles, comme si le mot d’ordre avait été donné de profiter de tout l’espace disponible pour un matériau précieux et limité.

Rano Raraku

Une fois sculptée et détachée de sa gangue, il fallait que la statue glisse sans dommage sur la pente raide. Quels que soient les moyens employés, de nombreux accidents se sont produits comme en témoignent les restes de torses et têtes cassées qui parsèment la colline… On estime que le travail de sculpture des statues du Rano Raraku a duré plus de 500 ans, en commençant vers l’an 1000 et se terminant au milieu du XVIIIe siècle. Selon une ancienne légende, la cessation de l’activité est consécutive à la colère d’une vieille femme qui avait le pouvoir de permettre le déplacement des statues. Mais un jour, les travailleurs ont mangé du homard sans lui en garder une part. La femme, prise de colère, a ordonné que les statues s’effondrent, paralysant les œuvres pour toujours. Cependant, il semble que l’abandon du travail dans Rano Raraku n’a pas été due à un événement soudain et dramatique, mais à une décroissance progressive des valeurs et des croyances qui ont affecté les rares ressources disponibles et provoqué des guerres tribales à répétition, qui ont fini par détruire le système.

Rano Raraku était le seul endroit sur l’île qui avait gardé des statues debout, après que toutes les autres eurent été renversées de leurs plates-formes, au cours des conflits entre clans survenus il y a près de 300 ans. On peut apercevoir des moai debout dans des fosses qui étaient auparavant creusées dans le sol afin de terminer la sculpture de leur dos. Le fait que chaque statue apparaît à moitié enterrée dans une plus ou moins grande mesure, certaines jusqu’aux épaules et d’autres jusqu’au nez, est frappant. En réalité, ce sont des statues complètes enfouies sous les couches successives de sédiments qui se sont accumulés au fil du temps.

Rano Raraku

Les excavations pratiquées dans plusieurs cas ont révélé que la longueur de la tête correspond à environ un tiers de la hauteur totale de la statue. La couleur jaune originale du tuf était également visible à nouveau, et des gravures intéressantes ont été découvertes sur le dos de quelques statues avec des dessins semblables à ceux trouvés sur les statues du Ahu Nau Nau et sur le célèbre moai Hoa Hakananai’a qui est exposé à le British Museum de Londres.

                              Rano Raraku

Dans la partie inférieure de la carrière, on peut admirer une énorme statue couchée qui reste dans la niche dans laquelle elle a été sculptée. C’est Te Tokanga, « le géant », d’une longueur de près de 22 mètres et un poids estimé à 200 tonnes !… C’est la plus grande statue jamais sculptée sur l’île de Pâques. On pense qu’elle avait pu être destinée à l’Ahu Tahira dans Vipanu, l’une des dernières plates-formes construites, située dans la pente de la Rano Kau. Mais elle n’a jamais atteint sa destination finale parce que ce colosse n’a jamais été libéré de son socle. Ses sculpteurs ambitieux et optimistes ont dû réaliser qu’ils ne pouvaient se déplacer une statue avec un poids équivalent à celui d’un avion commercial, de sorte qu’ils ne sont même pas pris la peine de le terminer.

                                   Rano Raraku

Deux autres énormes statues tête-bêche non terminées :

Rano Raraku

Le Moaï Piro Piro est l’une des figures les plus célèbres de l’île. Situé dans les premiers mètres du chemin principal qui traverse la carrière, comme pour accueillir le visiteur, son nom signifie « mauvaise odeur », non pas parce que la statue sentirait mauvais, mais parce qu’il semble que son nez proéminent fait un geste de dégoût devant un arôme désagréable.

Rano Raraku   Piro Piro

Cette statue unique se distingue également par le fait que sa tête énorme de 4 mètres est projetée vers l’avant des épaules, comme si le moai était quelque peu bossu. En outre, Piro Piro se distingue parmi les autres statues par ses dimensions gigantesques. L’explorateur Thor Heyerdahl, en creusant dans le sol des moai, a calculé que la partie enterrée du corps mesure presque deux fois la hauteur de la tête visible. La longueur totale de celui-ci atteint 11 mètres, ce qui le classe comme le plus grand moaï debout jamais extrait de la carrière.

À l’extrémité sud de la carrière du Rano Raraku, où le chemin principal forme une courbe, on peut admirer une vue spectaculaire sur le volcan Poike avec les 15 figures du Ahu Tongariki se découpant sur l’océan.

Rano Raraku

Rano Raraku

Rano Raraku

À cet endroit se tient le moai Tukuturi, l’une des figures les plus controversées et les plus énigmatiques de l’île de Pâques : Elle mesure 3,70 mètres de hauteur, pèse environ 10 tonnes et présente une finition assez grossière. Et c’est, également, la seule figure qui regarde vers le Rano Raraku , puisque tous les autres lui tournent le dos…

                              Rano Raraku  Tukuturi

La statue ne ressemble à aucune autre sur l’île, puisque son apparence est beaucoup plus naturelle et réaliste . La tête est arrondie, avec les yeux sculptés qui regardent et son menton a une barbiche comme le kava moai . Mais ce qui le distingue des autres, dont la sculpture est interrompue à la taille, est que Tukuturi a un corps entier. Il est représenté dans une position agenouillée avec ses jambes repliées et ses fesses reposant sur ses talons. Les mains apparaissent sur les cuisses au lieu de se rencontrer sur le ventre, dans une posture très utilisée en Polynésie pour indiquer le respect…

Rano Raraku  Tukuturi

Certains chercheurs suggèrent que ce serait un type de moaï « précoce », qui pourrait remonter au Xe siècle. Cependant, d’autres experts soutiennent que cette statue serait une figure tardive qui pourrait se référer au culte du Tangata Manu ou homme-oiseau qui a eu lieu, plus tard, dans le village cérémoniel d’Orongo (voir l’article consacré à ce site). Enfin, il ne manque pas d’autres hypothèses controversées et originales, comme celle qui suppose que Tukuturi aurait pu être l’œuvre d’habitants de Tahiti qui ont été déportés à l’ île de Pâques pour y travailler à la fin du XIXe siècle. La figure de Tukuturi ressemble, de fait, plus à un tiki, un type de totem typique de la Polynésie, qu’à un moai…

À un peu plus de 100 mètres de l’entrée de la carrière, un chemin mène à l’intérieur du cratère du volcan…

Rano Raraku

Rano Raraku

Après environ 300 mètres, on parvient à une fissure dans le cratère qui relie les pentes extérieures et intérieures . Dans un couloir étroit, on peut apercevoir la cendre rouge compacte qui forme la partie nord du volcan et qui contraste nettement avec la dureté du tuf volcanique à l’extrémité sud. Le lac, où les chevaux vont habituellement paître et boire, est l’une des principales zones humides de Rapa Nui. Sur une île où il n’existe ni cours d’eau, ni torrents, les lagunes intérieures des cratères où la pluie s’accumule, constituaient les plus grandes réserves disponibles d’eau douce pour les anciens habitants.

Rano Raraku Lac intérieur

(Cliquez ici, si vous désirez regarder l’image en grande taille)

À l’intérieur du cratère et en particulier dans le lac, on distingue plusieurs espèces végétales autochtones qui coexistent avec les grandes masses de roseaux de totora. Le totora a été utilisé par les habitants depuis des siècles, et, à présent, ils en usent pour des travaux manuels et la construction de radeaux de roseaux traditionnels qu’ils utilisent pendant le festival Tapati.

Rano Raraku Lac intérieur

(Cliquez ici, si vous désirez regarder l’image en grande taille et les moaï enterrés)

On se laisse aller à goûter le calme et le silence bienfaisant de l’endroit…

Rano Raraku

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